K@ro’Online Sunday Morning Sound #37

La terre sur laquelle mes pieds se sont posés.

les pieds ancrés dans la terre

J’ai posé les pieds il y quelques années sur un sol glissant. Il était beau, paisible, rassurant. Je pensais avoir enfin trouvé mes racines, enfin j’allais pouvoir ancrer mes pieds dans ce sol, récupérer mes appuis et retrouver mon équilibre.

Il y eu quelques premières ondulations, comme un frémissement. Très rapidement, je sentais parfois de manière très subtiles, que mes fondations bougeaient, très peu, comme déséquilibrées 1 seconde par un coup de vent trop violent.

Peu à peu ces ondulations sont devenues des secousses, petites à peine perceptibles, faisant chuter au passage quelques belles pensées qui avaient elles, glissées doucement lors des premières ondulations ;

Puis les secousses se sont intensifiées, l’équilibre devenait difficile à garder, mais je tentais tant bien que mal de continuer de planter mes pieds au sol et de tenir en équilibre, murmurant à ce sol de ne pas me faire tomber, de travailler avec moi et pas contre moi. Je posais parfois ma joue sur ma terre, la caressant, lui parlant, l’invitant à comprendre mon équilibre pour le fortifier et non le casser.

Je ne savais pas à ce moment là, que j’avais mis les pieds à l’endroit pile du foyer. Cette terre, bien avant qu’elle ne commence à résister à mon propre poids, souffrait depuis longtemps en son centre. Je continuais malgré tout de résister, de tenir cet équilibre qui devenait de plus en plus précaire. Je continuais de l’abreuver de mes paroles, de mes caresses et de mon attention ; je prenais soin de celle-ci et par la même de moi-même puisque contre toute volonté, nous étions au final extrêmement liés : Moi la heurtant de mes pas en voulant m’y installer par ce que je la trouvais accueillante, elle en cherchant à résister au poids que je lui infligeait involontairement, planter là sur sa blessure initiale.

Vint ensuite l’apparition de la faille, douloureuse vision de cette terre tant aimée qui se fissurait entre mes pieds, m’obligeant à un jeu d’équilibre pour lequel je n’étais pas préparée. Elle me criait de partir, de me mettre de coté, non…pas de la laisser, juste de me déplacer, de la soulager du poids de mon corps qui la heurtait. Je ne comprenais pas son cri tout occupée, plus que jamais, à garder chacun de mes pieds d’un coté et de l’autre de la faille pour ne pas tomber ;

Je continuais de lui dire combien je l’aimais, combien sa présence sous mes pieds était importante, que tout mon équilibre dépendait d’elle, que je l’avais choisie parce qu’elle m’inspirait confiance, même si naturellement la terre que j’aurais choisie aurait été faite de sable blanc brulé par le soleil et léché par le sel de la mer, j’avais posé mes pieds sur elle, lourde, brune , et glissante. Je continuais de lui dire que toutes nos différences pouvaient être une force, que je pouvais si elle l’acceptait lui montrer le soleil et la mer, que je pourrais avec son aide, lui apporter de l’eau et la rendre plus forte et plus vive et ainsi l’aider à m’aider à ancrer mes pieds en elle.

Malgré mes mots, mon poids semblait devenir de plus en plus lourd pour elle, de mon coté j’apprenais à me tenir sur un pied et ensuite l’autre et ceci chaque jour, afin de ne pas perdre l’équilibre, et de ne pas laisser cette faille m’obliger à choisir un seul coté de cette terre aimée.

Je commençais à ressentir qu’elle me rejetait, elle me bousculait de plus en plus, mais moi au lieu de lâcher prise et de choisir une autre terre où recommencer à bâtir un équilibre, j’étais en résistance. Je n’allais pas abandonner ma terre, je n’allais pas la laisser seule , je n’allais pas me laisser impressionner par les marques qui commençaient à se voir à la surface, non…parce que je ne voyais pas sa surface , je ne voyais que son cœur, et là en son centre, elle était belle et bienveillante.

J’oubliais, que ce que l’on voit jour après jour finit par s’ancrer dans notre tête, que nos yeux finissent par ne plus pouvoir ignorer ce que la vie nous montre inlassablement,. J’oubliais qu’il n’est pas possible d’ignorer une chose visible de nous à chaque minute.

Peu à peu, ma résistance à ses secousses s’affaiblissait, j’avais de plus en plus de mal à tenir mon équilibre, plus encore je commençait à voir les signes de son manque de volonté à aller dans mon sens. Je voyais les fissures, les cassures, les effritements peu à peu s’installer à sa surface, alors même que je continuais de lui hurler que je l’aimais et qu’elle devait me faire confiance et prendre soin de moi pour que je puisse, à mon tour prendre soin d’elle.

Je n’arrivais plus, à ce stade, à poser mes deux pieds joints en son sol, je devais en permanence choisir un des cotés de la faille. A droite j’étais en paix mais séparée d’elle, à gauche elle me bousculait inlassablement mais j’étais avec elle; je tentais d’équilibrer ces deux cotés en sautant de l’un à l’autre, pendant que la faille en son centre s’élargissait.

Les éléments se sont mis à se déchainer, mes mots d’amour ne l’atteignaient plus, le vent qui soufflait rageusement les emportant loin d’elle, mes larmes ne réussissaient plus à l’arroser et à lui donner l’envie de me garder, je la sentais se rétracter, créer un gouffre petit à petit de cette faille initiale.

Je la sentais souffrir en silence, asphyxier par ma propre résistance et s’ouvrir de plus en plus, créant par la même chez moi, une incapacité à garder les pieds des deux cotés et à devoir choisir entre:

  •  La droite et par la même l’observer vivre, re vivre,  soulagée de mon poids à sa gauche mais me renvoyant qu’elle ne pouvait m’accepter en son centre.
  • La gauche en subissant ses assauts, ses bousculades me déséquilibrant sans arrêt mais voir en cela un intérêt pour moi.

Les secousses violentes ces derniers jours ont créées des failles dans ma terre bien aimée, elles sont en train de fracturer les roches en profondeur, laissant un terrain parfait pour un séisme imminent auquel ni elle ni moi ne pourront résister.

Mes pieds n’arrivent plus à choisir le camp dans lequel ils doivent aller, car jamais je n’ai pensé en la regardant le premier jour qu’il faudrait que je la débarrasse un jour de mon poids. Je continue de l’aimer profondément, je ne parle plus, j’hurle aujourd’hui car le vent s’est levé dans un bruit sourd empêchant mes mots d’arriver jusqu’à elle, les éléments se déchainent contre moi pour ne plus me permettre de l’atteindre, je résiste et tente tant bien que mal de reposer encore ma joue contre elle, de la caresser pour tenter par ce contact de nous ré unir, mais les larmes rendent glissante sa terre, le vent rend aride sa surface, le bruit étouffe mes mots d’amour. Je m’accroche désespérément à cette pierre qui s’est installée à sa surface m’offrant la seule possibilité de ne pas glisser et donc de la perdre à jamais.

De son coté mes gesticulations, mes cris et ma panique la heurtent, lui font mal, creusent ses blessures et la pousse à me rejeter de sa surface pour enfin respirer .

La libération brutale de nos contraintes accumulées peut, à tout moment, nous plonger dans un séisme qui aura une magnitude à la hauteur de l’amour que malgré tout nous nous portons.

Je ne veux pas de ce séisme, je ne suis pas prête à l’encaisser, je ne suis pas prête à observer ma terre et la trouver laide et sans intérêt, je ne suis pas prête à l’abandonner.

J’ai réuni mes deux pieds à sa droite, et je cherche aujourd’hui du regard, un endroit en sa surface pas trop loin de son centre, qui pourra m’accueillir, afin que mes pieds n’appuient plus sur ses blessures et que mon équilibre revienne pour qu’enfin, de nouveau, le vent soit caressant, l’eau nourrissante, et qu’à sa surface se pose doucement une fine couche de sable blanc.

Mise à jour : le sable blanc est arrivé, s'est déposé doucement autour de mes pieds avant que je n'ai eu le temps de les réunir d'un seul coté de ma terre, imprimant leurs empreintes sur celle-ci qui  subitement a cessé de gronder, refermant ses blessures, se parant d'une belle couleur dorée. Le soleil s'est mit à briller lui donnant des reflets dorés, mes larmes ont séchées, mes cris dont devenus des chuchotements et dans un même mouvement, nous nous sommes mis à danser elle et moi ....

Ma terre est une sacrée terre et la vôtre comment se comporte t-elle sous vos pieds ?  

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